Depuis son élection en 2002 Racep Tayeb Erdogan suscite la polémique notamment avec sa pensée islamiste. Depuis 2011, la politique turque d’Erdogan est passée d’un extrême à un autre. De la politique de zéro problème avec les pays voisins à l’implication directe dans le conflit syrien et le soutien direct aux islamistes radicaux qui sévissent depuis cinq ans en Syrie. Avec sa stratégie de réconciliation avec la Russie et Israël, son changement de cap en Syrie, sa manifestation d’intérêt aux palestiniens de Gaza, Erdogan cherche tout simplement à se repositionner sur la scène régionale et mondiale qui commence sérieusement à lui échapper.

Les résultats des dernières élections législatives turques de 2015, où il était inimaginable de voir les kurdes en force au parlement constituaient le départ des revers concernant le président Erdogan. La défaite électorale de 2015 a obligé le président turc et son équipe à réfléchir sérieusement à d’autres stratégies politiques dont nous commençons à voir en partie le résultat. Les estimations révèlent que le président Erdogan a perdu environ trois millions d’électeurs, notamment dans les zones les plus proches de la Syrie.

Si Erdogan change de politique en s’excusant de la Russie pour l’avion abattu, c’est qu’à l’instar des américains avec l’Iran, il n’a plus beaucoup le choix. Le rapprochement du président turc avec la Russie est dû en quelque sorte au changement de cap des Etats-Unis au Moyen-Orient qui se traduit par un quasi retrait des affaires, laissant ses petits soldats régler leurs comptes par eux mêmes. La Turquie membre du NATO a compris que ce dernier ne prendrait pas parti pour elle contre la Russie. Ce qui a suscité en quelque sorte ce rapprochement. Dans la configuration actuelle au Moyen-Orient, Erdogan a bien compris qu’il vaut mieux être ami avec les russes qu’être sur la liste de leurs ennemis.

Les négociations américano-russes donnent l’impression que les Etats-Unis laissent le champ libre aux russes en Syrie. Erdogan a une lecture précise de la politique régionale, comprenant qu’Alep va tomber, menant une victoire à la Syrie, il s’est dépêché de se réconcilier avec les russes pour peser encore dans le conflit, ralentissant par cette alliance une victoire probable. À travers ce rapprochement le président turc exerce toujours son pouvoir de nuisance en Syrie. Quant aux russes, ils sont quelque part contraints d’admettre les excuses d’Erdogan, puisqu’il ne faut pas oublier la question de l’acheminement de leur gaz en Europe, qui est censé passer par la Turquie. Enfin, la Turquie renoue avec la Russie qui négocie actuellement avec les Etats-Unis sur un certains nombres de sujets au Moyen-Orient. Erdogan est conscient que les américains sont capables de lâcher la Turquie et certains nombres de leurs alliés en cas de compromis avec la Russie. N’est ce pas le cas actuellement ? Surtout avec l’avancée de l’armée syrienne et ses alliés sur Alep ?

Le spectacle de réconciliation que s’est donné la Turquie avec Israël a plusieurs objectifs, tel l’espoir d’Erdogan que le lobby sioniste arrive à amadouer l’occident, afin que la Turquie soit dans les compromis avenirs, après que l’Europe lui a fermé ses portes. Le problème de la Turquie est qu’elle n’a plu d’amis au Moyen-Orient, même certains pays sont devenus ses vrais ennemis.

Quant aux kurdes, ils inquiètent sérieusement l’arrogant exécutif turc, surtout depuis leur percée aux dernières législatives et la rupture de la trêve. Le problème kurde est épineux pour Erdogan, puisque ces derniers reçoivent le soutient de la Russie et pour certains d’entre eux celui des Etats-Unis. Ce qui peut aussi expliquer en partie les excuses d’Erdogan envers Poutine et le rapprochement Turquie/ Russie.

L’actuel premier ministre turc évoque la nécessité de stopper la guerre en Syrie, sans insister sur le départ de Bachar-Al-Assad, sachant qu’il y a quelque temps, Erdogan voulait prier à la mosquée des Omeyades à Damas. La Turquie s’enlise dans le conflit syrien qui n’en finit pas, subissant sérieusement ses effets négatifs. En tout cas le rôle politique d’Erdogan commence à prendre fin en Syrie, le coup de grâce sera la victoire de l’armée syrienne et ses alliés à Alep. Il convient de préciser que dans la pensée politique turque, Alep était la porte par laquelle le régime syrien actuel sera renversé.

Enfin, par sa réconciliation avec Israël Erdogan croit s’imposer comme le sauveur de la Palestine, mais son accord avec Israël n’évoque en aucun cas la levée du blocus de Gaza. La question de Gaza a été marginale. En plus de cela, certains partis palestiniens prônent auprès de la population que la Turquie va sauver la Palestine. Ces partis palestiniens font propager cette idée au sein de la société palestinienne, pour des intérêts souvent personnels et irraisonnables, liant leur destin à celui de la Turquie après de trahir la Syrie qui les a soutenues des décennies durant dans leur lutte contre l’occupation.

Quant aux aides de la Turquie à la population de Gaza sont bonnes mais pas suffisantes. La volonté est-elle sincère d’aider les gazaouis où c’est encore une opportunité qui va permettre à Erdogan de tailler une réputation au Moyen-Orient ? Comment s’allier avec Israël sur tous les plans et se placer sauveur des gazaouis sous blocus depuis 10 ans ? Ils sont nombreux les dirigeants politiques qui ont exploité la question palestinienne pour leurs intérêts ou pour soigner leur image. La réconciliation entre la Turquie et Israël ouvre officiellement à cette dernière le marché turc de 80 millions de personnes. Ce qui permettra aussi à Israël de pouvoir exporter son gaz en Europe via la Turquie.

Il ne faut pas occulter de nos esprits que les aides humanitaires turques à destination des gazaouis passeront par le port d’Eshdod, ce qui signifie que le transit va être contrôlé par Israël ainsi que les livraisons. L’acheminement de l’aide turque via Gaza demeure à la merci des autorités israéliennes. Qui sait peut être elle confisquera les aides pour cause du terrorisme. La réconciliation entre la Turquie et Israël va être placé dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, mais en réalité cette lutte n’est que contre l’Iran qui ne cesse de monter en puissance. Ce n’est pas pour autant que la politique turque du président Erdogan demeure moins ambiguë et hypocrite. Certes il se rapproche de la Russie, mais laisse les terroristes transiter par son territoire pour aller se battre en Syrie. Il se réconcilie avec Israël, menant un projet d’aide aux palestiniens de Gaza, mais l’incompatibilité de la chose rends le projet suspect. Erdogan se repent-il ou c’est uniquement de la stratégie politique à un moment décisif de l’avenir du Moyen-Orient ?

Noura

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