Depuis le printemps arabe, plusieurs systèmes politiques au Moyen-Orient se sont écroulés. Certains se maintiennent difficilement et parfois au coût d’une guerre, comme c’est le cas en Syrie ou le conflit armé s’éternise. De nos jours, nombreux sont les pays arabes en sérieuses difficultés, se posant la question de leur pérennité dans le temps. Dans cette perspective l’Arabie saoudite engagée sur plusieurs fronts pour sa survie ne déroge pas à la règle.

Il convient de rappeler que la famille royale saoudienne vit actuellement une période difficile de son histoire. Les causes principales de ses difficultés sont la lutte acharnée entre les différentes branches princières sur fond de guerre au Yémen et en Syrie. Notamment la lutte entre Ben Naïf ministre de l’intérieur et Ben Salman ministre de la défense. Hormis la lutte entre les branches princières saoudiennes, le royaume doit faire face au développement des organisations tels Al Qaeda ou encore Daesch sur son sol. Sans oublier la révolte des chiites notamment dans la région d’Al Hasa très riche en pétrole. La mobilisation des chiites saoudiens à l’ouest du royaume a valu l’exécution au cheikh Nemer Al Nemer pour ses idées séparatistes et ses réclamations d’un Etat chiite, ce qui amputerait l’Arabie Saoudite d’une région riche en ressource. Ce malaise profond d’une partie de la population est accentué par une crise morale, politique et sociale, due à plusieurs facteurs à la fois, tels que l’égalité entre les citoyens du même pays, les droits des femmes et le taux élevé de chômage parmi les jeunes saoudiens.

La politique de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient est fondée en premier lieu sur une lutte fratricide contre l’Iran. Les saoudiens accusent l’Iran d’avoir une politique expansionniste. Cette idée constitue une menace pour les saoudiens brisants leur hégémonie sur la région. Les craintes saoudiennes se sont multipliées suite à l’accord nucléaire entre américains et iraniens.

C’est dans cette perspective que nous comprenons pourquoi l’Arabie Saoudite essaye de ramener le Yémen par la force sous sa coupe. L’Iran soutient les Houthis au Yémen dans leur guerre contre l’Arabie Saoudite. Un Yémen sous influence iranienne préoccupe sérieusement les saoudiens voyant dans cela un début d’encerclement de la part des iraniens. Il convient aussi de signaler l’intérêt des saoudiens à la région de Hadramout au Yémen. Cette région constitue 36% du territoire yéménite, avec 80% de ressources pétrolières. Les saoudiens ont commencé à s’intéresser sérieusement à la région d’Hadramout suite aux accords passés entre le sultanat d’Oman et l’Iran. La région de Hardamout permet à l’Arabie Saoudite d’avoir une ouverture vers le golfe d’Aden puis vers l’Océan indien sans passer par le golfe d’Hormuz.. Il est important de rappeler les câbles diplomatiques divulgués par weakileaks en 2008 sur la volonté de l’Arabie Saoudite d’avoir des oléoducs afin d’acheminer le pétrole du golfe Persique jusqu’au golfe d’Aden.. Ces raisons à elles seules n’expliquent pas le conflit yéménite, mais permettent de donner un éclairage sous un autre angle.

Quant à la Syrie, l’Arabie Saoudite est aussi en confrontation avec l’Iran allié du pouvoir syrien et cela depuis des décennies. Mais il ne faut pas ôter de nos esprits le projet du gazoduc qui devait passer par la Syrie venant de Qatar, Arabie Saoudite, Jordanie pour acheminer cette énergie en Europe. C’est dans ce fait, et devant le refus du président Bachar Al-Assad de signer ce projet optant pour un autre gazoduc que réside une grande partie du conflit syrien. Celles et ceux qui cernent la complexité des projets de gazoducs au Moyen-Orient comprendront mieux comment la guerre en Syrie est plus une guerre énergétique qu’autre chose. Mais aussi l’alliance ambigüe entre Israël et l’Arabie Saoudite explique en partie pourquoi cette dernière veut un changement de régime en Syrie. Une chute probable du régime de Damas permettrait à l’Arabie Saoudite et à Israël de gouverner le Moyen-Orient, piétinant la cause palestinienne et avec elle le Hezbollah, ennemi premier d’Israël et menace élémentaire pour le royaume saoudien de part son appartenance chiite ainsi que son alliance avec l’Iran.

Le Liban paraît pour les saoudiens comme un pays sous domination du Hezbollah que l’Arabie Saoudite s’emploie à combattre par tous les moyens, pour les raisons que nous avons cités. Plusieurs indices révèlent la dégradation des relations libano-saoudiennes. Le premier est la suspension le 19 février 2016 d’un important programme d’armement de 3 milliards de dollars acheté par l’Arabie Saoudite à la France à destination de l’armée libanaise. Cette aide militaire à l’armée libanaise aurait pu contrebalancer la force armée du Hezbollah. La question qui se pose est pourquoi ce programme s’est arrêté ? La décision saoudienne a encore laissé la voie libre au Hezbollah au Liban, surtout face à une armée libanaise faible matériellement pour lutter contre la menace terroriste. En punissant le Liban l’Arabie Saoudite jette les libanais dans les bras de l’Iran, seul acteur semblant capable de défendre le pays des Cèdres contre la vague terroriste au Moyen-Orient.

Enfin, les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran ont commencé sérieusement à se détériorer lors de la prise de pouvoir des chiites en Irak suite à l’arrestation et l’exécution de Saddam Hussein, ce qui a donné l’opportunité à l’Iran de jouer un rôle important dans ce pays, constituant pour elle une porte vers le Moyen-Orient arabe au nom de la solidarité confessionnelle avec les chiites d’Irak. Les relations irako-saoudiennes ont eu un semblant d’apaisement suite au départ du premier ministre Nuri Al-Maliki et la visite à Riyad en 2014 du nouveau président irakien Fouad Massoum.

Il existe un point élémentaire qui doit être pris en compte dans la politique actuelle de l’Arabie Saoudite, qui est ses relations avec les pays du Golfe. La rivalité entre l’Arabie Saoudite et le Qatar est à son apogée. Les rapports entre saoudiens et qataris sont concurrentielles et du fait conflictuelles. La rivalité entre l’Arabie Saoudite et le Qatar s’est accentuée lors du printemps arabe, où le Qatar est sorti entièrement de l’égide de l’Arabie Saoudite se rapprochant des frères musulmans ennemis du royaume saoudiens, s’ingérant dans les affaires syriennes, abandonnant son rôle de médiateur au Moyen-Orient pour devenir un acteur à part entière. Aujourd’hui le seul point qui rassemble saoudiens et qataris est la lutte contre les chiites.

Le diagnostique de la politique saoudienne au Moyen-Orient révèle deux tendances, celle de l’Arabie Saoudite qui souhaite maintenir son hégémonie sur le Moyen-Orient et l’Iran qui s’étend au nom de l’aide aux opprimés. La lutte entre l’Arabie Saoudite et l’Iran n’est que sur le leadership au Moyen-Orient. De cette hégémonie dépend sa survie et pérennité dans le temps.

Noura

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